Jésus a été baptisé par Jean dans le Jourdain. L’Esprit s’est manifesté sous la forme d’une colombe, la voix du Père a retenti, désignant le Fils bien-aimé. Pourtant Jean baptise dans l’eau et non dans l’Esprit, il doit s’effacer devant Jésus. L’Evangéliste Jean l’a exprimé à sa manière, il désigne l’agneau de Dieu et ses propres disciples, le quittent pour le suivre.
Marc signifie les choses de manière tranchée. Après que Jean eut été jeté en prison, Jésus vient en Galilée pour proclamer l’Evangile de Dieu. Il n’est pas dit que l’arrestation de Jean ait eu pour conséquence directe la proclamation de Jésus, comme s’il fallait que l’un disparaisse pour que l’autre se manifeste pleinement. Pourtant il est clair que les textes veulent montre une nouveauté radicale, y compris par rapport à Jean, et qui advient avec Jésus.
Le passage de la première épître aux Corinthiens que nous venons d’entendre, montre les conséquences concrètes de cette nouveauté dans la vie du croyant :
Voici ce que je dis frères : le temps est écourté. Désormais que ceux qui ont une femme soient comme s’ils n’en avaient pas, ceux qui pleurent comme s’ils ne pleuraient, ceux qui se réjouissent comme s’ils ne se réjouissaient pas, ceux qui achètent comme s’ils ne possédaient pas, ceux qui tirent profit du monde comme s’ils n’en profitaient pas vraiment. Car la figure de ce monde passe.
Du fait de la présence du Royaume qui se manifeste comme un temps écourté, la vie habituelle est marquée par la rupture. Il est intéressant de remarquer que cette rupture dans le quotidien a quelque chose à voir avec la rupture inaugurale de l’appel par Jésus de ses premiers disciples : Pierre et André laissent leur filets, Jacques et Jean leur Père Zébédée dans la barque.
Il y a sans doute là une réponse à la difficulté de penser l’imminence du Royaume annoncé après plus de 2000 ans. Le Royaume nous concerne tous, il n’est même pas la spécialité des religieux qui seraient appelés, comme les premiers disciples, à tout quitter. La première épître aux Corinthiens nous éclaire : les « comme si » on n’était pas, n’avait pas, ne faisait pas, n’empêche pas de rester marié, de pleurer, de se réjouir, d’acheter et de posséder.
C’est bien toute la difficulté de la vie chrétienne de témoigner cet être dedans sans être tout à fait dedans.
L’Evangile de ce jour nous invite à considérer la rupture, ce qu’il faut quitter presque brutalement pour le Royaume. Quand les temps deviennent durs, que les déséquilibres s’accentuent dans beaucoup de domaines, sans tomber dans une vision apocalyptique du monde actuel, il est bon d’entendre à nouveau l’appel à la conversion à la ré-orientation. Cet appel n’est pas d’abord une question de morale ou de justice, il se fonde sur quelque chose d’autre qui vient et est déjà présent, il enjoint de marquer la différence nécessaire. Comment faire, demanderont certains ? Il suffit de reprendre le chemin de l’Evangile.