Homélie pour le 2ème dimanche ordinaire

André est l’un des deux disciples de Jean qui suit Jésus. Jean vient en effet de désigner l’agneau de Dieu, l’agneau qui enlève le péché du monde, l’agneau immolé ; comme dans l’Apocalypse, il n’y a qu’une seule chose à faire, c’est de le suivre. Ainsi  dans une image paradoxale, l’agneau devient berger.

La sobriété du Baptiste dans son intervention est remarquable : il se contente de désigner à ses disciples l’agneau. Il ne dissimule pas ce qu’il sait comme pour garder un pouvoir sur ses disciples, il ne les pousse pas non plus ; Jésus quant à lui, ne les appelle pas directement, il se content de se retourner, simplement parce qu’on le suit, et demande  « Que cherchez-vous ? ».

 

Ensuite l’appel se relaie horizontalement : André va trouver son frère Simon, avant tout autre, précise le texte. Philippe sera appelé directement par Jésus, mais si c’est lui qui ira trouver Nathanaël : celui qui scrutait les Ecritures sous le figuier trouvera ainsi ce qu’il cherchait. La présentation de l’appel des premiers disciples chez les synoptiques, est plus directe, ils ne nous font pas connaître tout ce réseau de relations où l’appel est répercuté et passe par des intermédiaires, tombe dans une terre préparée chez des gens qui sont déjà en quête.

 

Un agneau/berger n’est pas un berger ordinaire, il laisse venir à lui, son initiative est discrète, il guide sans contrainte, mais plutôt en attirant à lui, ceux qui viennent et voient. Il en va ainsi dans nos vies de disciples de Jésus : l’appel n’est pas direct, comme nous le voudrions parfois, mais il est souvent démultiplié et passe par tant de gens, d’événements inattendus. Si Dieu se met à crier, tellement les gens sont sourds, après s’être longtemps tu comme du temps du prophète Samuel en Israël, ce n’est pas la meilleure solution car ce qu’il dit est alors rude à entendre. Il révèle un mal qu’il faut extirper sous peine de châtiment, ou même qu’il est déjà trop tard.

Avant d’en arriver là, il nous faut commencer nous-mêmes par apprendre à écouter un Dieu, berger/agneau qui parle toujours. La faculté d’entendre se cultive par l’écoute, pour développer une acuité à reconnaître tous ces canaux différents par lesquels nous parviennent l’appel. Ce n’est pas d’abord une question de communication par internet, mais une communication spirituelle car elle suppose une ouverture du cœur, mais aussi de l’intelligence dans le discernement pour savoir trouver. Elle n’est pas faite pour les paresseux.

Ce réseau, que nous révèle l’évangéliste Jean, qui n’est pas d’abord hiérarchique, me paraît pertinent aujourd’hui, quand la parole est noyée ou dévaluée et que les autorités en place sont souvent décrédébilisées. Il est utile alors de trouver ces autres réseaux complémentaires. Quand certaines artères se bouchent, le sang trouve d’autres canaux pour circuler. Si nous sommes nous-mêmes ces canaux, il nous faut nous souvenir que nous ne sommes que les relais de l’agneau, qui conduisent vers lui pour que ceux qui sont appelés viennent et voient par eux-mêmes.


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