Homélie pour le Baptême du Seigneur

Si Matthieu et Luc commencent leurs évangiles par des récits concernant l’enfance de Jésus, avec d’ailleurs des points de vue différents, Marc quant à lui « embraye » directement avec la mission de Jean et les débuts de la vie publique de Jésus. Tout se concentre même sur le récit du baptême de Jésus dans le Jourdain, que nous venons d’entendre. Marc se concentre sur l’essentiel, il n’y a pas chez lui, comme chez Matthieu, l’expression des réticences de Jean qui se sent indigne de baptiser Jésus. Ici, chez Marc tout se focalise sur les cieux ouverts, cette communication avec l’en haut qui descend avec l’Esprit sous la forme d’une colombe, et la voix du Père sur le Fils bien aimé. Rien ici qui annonce une mission, un appel particulier  comme c’est souvent le cas pour les prophètes qui sont envoyés et se récrient dans leur indignité ou leur incapacité. Pas même non plus le « Ecoutez-le » des récits de la Transfiguration dont la théophanie pourtant est très proche de celle du Baptême. Nous sommes là dans une sorte de gratuité originaire qui s’exprime en surabondance, comme poussée par un mouvement intérieur : expérience de l’amour qui a besoin de faire voir l’objet de son amour.

 

Peut-être sommes-nous séduits, attirés par cette ouverture de l’indicible qui se penche vers nous, mais il s’agit de Jésus, homme comme nous certes, mais aussi Fils unique de Dieu, Dieu lui-même, alors nous ne sommes sûrement pas concernés.

Il arrive, en écoutant le témoignage de certaines personnes, peut-être plus nombreuses que nous ne le pensons, ou en considérant notre propre expérience, que quelque chose ait été vécu avec intensité à un moment de la vie, qui n’est pas sans analogie avec le récit du baptême : expérience d’un bien être d’une paix, d’une joie profonde, qui donne de la force, comme un enveloppement par l’amour de quelqu’un.

Il est étonnant de voir que la tentation est alors de refermer au plus vite le ciel qui s’est ouvert, de penser que ce n’est pas pour soi. D’où vient se refus ?  Peur de l’illusion par rapport à une expérience si étrange ? Sentiment d’indignité, ce ne peut-être pour moi ? Peur d’être entraîné trop loin, d’avoir à répondre sans partage ? Peut-être y a-t-il eu là un virage raté ? Qui sait ?

 

Nous avons à réapprendre cette gratuité de l’amour, à la recevoir d’abord de celui qui nous a aimés le premier, à en jouir avant de nous demander ce que nous allons devoir payer. En contemplant Jésus dans son baptême, il peut devenir note maître, si nous acceptons de nous avancer avec lui dans les eaux du baptême qui sont d’abord celles de l’amour plus fort que la mort.


Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.

Joignez-vous à 35 followers