Homélie pour l’Epiphanie

La tonalité des premiers chapitres de l’évangile de Matthieu est différente de celle des récits de l’enfance de Luc. Chez ce dernier, la tonalité est toute à la joie chez les justes, membres du peuple élu : Marie, Elisabeth, Jean Baptiste, Syméon et Anne et tous ceux et celles qui les entourent. Chez Matthieu, plus sobre, rien de tel, l’histoire est plus compliquée, voire dramatique avec l’extermination des enfants de la région de Betléhem. L’expression de la joie est discrète, elle ne s’exprime guère que chez les mages, tous joyeux de retrouver l’étoile qui les mène vers l’enfant.

 

Il y a là un passage entre le petit reste du peuple élu qui accueille le Messie dans la joie et la multitude à venir des païens qui accueilleront tous joyeux la Bonne Nouvelle transmise par les Apôtres, particulièrement Paul, l’Apôtre des Nations, comme nous l’entendions dans la lecture de l’épître aux Ephésiens. La joie est d’autant plus grande qu’elle est suscitée par un don inattendu, immérité, un don non seulement gratuit, mais sans partage : les païens ont droit à l’héritage, ils sont membres du même corps et ont part aux promesses. Nous comprenons bien cela en entendant durant notre repas, l’histoire de la mission de saint Boniface en Germanie au 7ème siècle, étape pour arriver chez nous, toujours plus au nord.

Rien ne prédisposait d’ailleurs ces « barbares » à recevoir l’Evangile, sinon le besoin d’être délivrés de ces cultes violents et aliénants à des dieux dont ils étaient les esclaves. On peut imaginer leur joie comme les Païens du temps de Paul de se voir attribuer les dons les meilleurs.

 

Mais au fait n’en va-il pas ainsi pour nous depuis le jour de notre baptême ? Nous souvenons-nous de cela avec joie, nous qui sommes les descendants de ces « barbares » et qui le sommes restés un peu. Les sages venus d’Orient n’étaient sans doute pas des « barbares » et avaient une culture raffinée. Quoiqu’il en soit, ils nous conduisent vers l’enfant dans la joie et nous apprennent à donner spontanément ce que nous avons de plus précieux, jusqu’à notre propre vie.  


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