Homélie pour le 4ème dimanche de l’Avent

En méditant hier avec Mette sur le message que nous a laissé Edith Stein, juive et chrétienne, nous étions amenés à penser que le rapport entre le judaïsme et le christianisme n’est pas à considérer comme une alternative, comme si on était d’abord juif et ensuite chrétien. Edith a incarné dans son existence de manière singulière, le fait d’être chrétienne tout en restant juive. Les Nazis qui l’ont exécutée, ne savait sans doute pas qu’ils signaient ainsi cette réalité en conduisant à la mort une chrétienne comme juive.

 

Nous touchons là à quelque chose d’essentiel : la permanence spécifique du peuple juif est mémoire de l’Incarnation. Dans une sorte de raccourci, on pourrait dire que l’extermination du peuple juif irait avec une perte du sens de l’humanité du Christ. C’est ce qu’un rabbin au XIVe siècle fait dire à Saint Bernard quand il a défendu les juifs de pogroms dans la vallée du Rhin avant la deuxième croisade. Je cite les mots qu’il met dans la bouche de Bernard : « Ne touchez pas aux juifs et ne leur parlez qu’avec bienveillance car ils sont la chair et les os du Messie et si vous les molestez vous risquez de blesser les Seigneur dans la prunelle de son œil… ». Il est important de rappeler que toute forme d’anti-sémitisme atteint notre foi chrétienne à sa racine.

 

Aujourd’hui l’évangile de l’Annonciation, nous montre l’autre versant de l’identité du Christ. Jésus de Nazareth, fils de David par Joseph, n’était pourtant pas son fils « biologique » comme on dit aujourd’hui. On sait bien que la paternité réelle chez les anciens était davantage une affaire sociale qu’une affaire biologique. Il reste qu’affirmer que Jésus n’était que le fils du charpentier, allait en même temps avec le fait de ne pas reconnaître son identité réelle de Fils unique de Dieu. Ce n’est pas pour rien que les doutes par rapport à lui sont le plus forts, là où il a grandi, à Nazareth, et plus tard dans son propre peuple. Ce n’est pas à nous de juger en tant que chrétien, ce manque d’ouverture comme un refus coupable comme on l’a fait tant de fois dans l’histoire, mais il nous faut cependant le constater.

 

L’annonce de l’Ange à Marie, nous rappelle une autre filiation, unique, « il sera appelé Fils du Très-Haut ». Dieu est son seul Père. La maternité et la virginité de Marie en témoignent, comme l’absence en creux du père physique. Il est sans doute difficile de parler aujourd’hui de la virginité comme d’une valeur. D’aucuns penseront même que l’Incarnation sans cette « exception » aurait été encore plus réelle. Mais l’alternative ou vierge ou mère est ici dépassée là où il y a  virginité et la maternité. Elle trouve une correspondance dans le « juive te chrétienne » nommé ci-dessus à propos d’Edith Stein.

La virginité reliée ainsi au mystère du Christ est le signe d’une humanité nouvelle ressuscitée qui ne meurt plus. Cette humanité échappe à l’enchaînement naturel des générations qui est transmission de la vie mais aussi soumission à la loi inéluctable de la mort. Dans le Royaume on ne se marie plus dira Jésus lui-même et on ne meurt plus et c’est bien cela notre seule espérance.

 

En niant l’appartenance Juive de Marie et de Jésus, on perd son humanité, mais en niant l’identité de Jésus comme Fils unique de Dieu, l’émergence d’une humanité nouvelle non plus charnelle mais spirituelle, qui ne va plus vers la mort, perd son seul point d’appui, et notre espérance est alors morte. Il convient de ne pas l’oublier pour que notre joie soit pleine en ces jours qui nous rapprochent de Noël.   


Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.

Joignez-vous à 34 followers