Homélie pour le 3ème dimanche ordinaire

22 janvier 2012

Jésus a été baptisé par Jean dans le Jourdain. L’Esprit s’est manifesté sous la forme d’une colombe, la voix du Père a retenti, désignant le Fils bien-aimé. Pourtant Jean baptise dans l’eau et non dans l’Esprit, il doit s’effacer devant Jésus. L’Evangéliste Jean l’a exprimé à sa manière, il désigne l’agneau de Dieu et ses propres disciples, le quittent pour le suivre.

Marc signifie les choses de manière tranchée. Après que Jean eut été jeté en prison, Jésus vient en Galilée pour proclamer l’Evangile de Dieu. Il n’est pas dit que l’arrestation de Jean ait eu pour conséquence directe la proclamation de Jésus, comme s’il fallait que l’un disparaisse pour que l’autre se manifeste pleinement. Pourtant il est clair que les textes veulent montre une nouveauté radicale, y compris par rapport à Jean, et qui advient avec Jésus.

 

Le passage de la première épître aux Corinthiens que nous venons d’entendre, montre les conséquences concrètes de cette nouveauté dans la vie du croyant :

 

         Voici ce que je dis frères : le temps est écourté. Désormais que ceux qui  ont une femme soient comme s’ils n’en avaient pas, ceux qui pleurent comme s’ils ne pleuraient, ceux qui se réjouissent comme s’ils ne se réjouissaient pas, ceux qui achètent comme s’ils ne possédaient pas, ceux qui tirent profit du monde comme s’ils n’en profitaient pas vraiment. Car la figure de ce monde passe.

 

Du fait de la présence du Royaume qui se manifeste comme un temps écourté, la vie habituelle est marquée par la rupture. Il est intéressant de remarquer que cette rupture dans le quotidien a quelque chose à voir avec la rupture inaugurale de l’appel par Jésus de ses premiers disciples : Pierre et André laissent leur filets, Jacques et Jean leur Père Zébédée dans la barque.

Il y a sans doute là une réponse à la difficulté de penser l’imminence du Royaume annoncé après plus de 2000 ans. Le Royaume nous concerne tous, il n’est même pas la spécialité des religieux qui seraient appelés, comme les premiers disciples, à tout quitter. La première épître aux Corinthiens nous éclaire : les « comme si » on n’était pas, n’avait pas, ne faisait pas, n’empêche pas de rester marié, de pleurer, de se réjouir, d’acheter et de posséder.

C’est bien toute la difficulté de la vie chrétienne de témoigner cet être dedans sans être tout à fait dedans.

 

L’Evangile de ce jour nous invite à considérer la rupture, ce qu’il faut quitter presque brutalement pour le Royaume. Quand les temps deviennent durs, que les déséquilibres s’accentuent dans beaucoup de domaines, sans tomber dans une vision apocalyptique du monde actuel,  il est bon d’entendre à nouveau l’appel à la conversion à la ré-orientation. Cet appel n’est pas d’abord une question de morale ou de justice, il se fonde sur quelque chose d’autre qui vient et est déjà présent, il enjoint de marquer la différence nécessaire. Comment faire, demanderont certains ? Il suffit de reprendre le chemin de l’Evangile.

Homélie pour le 2ème dimanche ordinaire

15 janvier 2012

André est l’un des deux disciples de Jean qui suit Jésus. Jean vient en effet de désigner l’agneau de Dieu, l’agneau qui enlève le péché du monde, l’agneau immolé ; comme dans l’Apocalypse, il n’y a qu’une seule chose à faire, c’est de le suivre. Ainsi  dans une image paradoxale, l’agneau devient berger.

La sobriété du Baptiste dans son intervention est remarquable : il se contente de désigner à ses disciples l’agneau. Il ne dissimule pas ce qu’il sait comme pour garder un pouvoir sur ses disciples, il ne les pousse pas non plus ; Jésus quant à lui, ne les appelle pas directement, il se content de se retourner, simplement parce qu’on le suit, et demande  « Que cherchez-vous ? ».

 

Ensuite l’appel se relaie horizontalement : André va trouver son frère Simon, avant tout autre, précise le texte. Philippe sera appelé directement par Jésus, mais si c’est lui qui ira trouver Nathanaël : celui qui scrutait les Ecritures sous le figuier trouvera ainsi ce qu’il cherchait. La présentation de l’appel des premiers disciples chez les synoptiques, est plus directe, ils ne nous font pas connaître tout ce réseau de relations où l’appel est répercuté et passe par des intermédiaires, tombe dans une terre préparée chez des gens qui sont déjà en quête.

 

Un agneau/berger n’est pas un berger ordinaire, il laisse venir à lui, son initiative est discrète, il guide sans contrainte, mais plutôt en attirant à lui, ceux qui viennent et voient. Il en va ainsi dans nos vies de disciples de Jésus : l’appel n’est pas direct, comme nous le voudrions parfois, mais il est souvent démultiplié et passe par tant de gens, d’événements inattendus. Si Dieu se met à crier, tellement les gens sont sourds, après s’être longtemps tu comme du temps du prophète Samuel en Israël, ce n’est pas la meilleure solution car ce qu’il dit est alors rude à entendre. Il révèle un mal qu’il faut extirper sous peine de châtiment, ou même qu’il est déjà trop tard.

Avant d’en arriver là, il nous faut commencer nous-mêmes par apprendre à écouter un Dieu, berger/agneau qui parle toujours. La faculté d’entendre se cultive par l’écoute, pour développer une acuité à reconnaître tous ces canaux différents par lesquels nous parviennent l’appel. Ce n’est pas d’abord une question de communication par internet, mais une communication spirituelle car elle suppose une ouverture du cœur, mais aussi de l’intelligence dans le discernement pour savoir trouver. Elle n’est pas faite pour les paresseux.

Ce réseau, que nous révèle l’évangéliste Jean, qui n’est pas d’abord hiérarchique, me paraît pertinent aujourd’hui, quand la parole est noyée ou dévaluée et que les autorités en place sont souvent décrédébilisées. Il est utile alors de trouver ces autres réseaux complémentaires. Quand certaines artères se bouchent, le sang trouve d’autres canaux pour circuler. Si nous sommes nous-mêmes ces canaux, il nous faut nous souvenir que nous ne sommes que les relais de l’agneau, qui conduisent vers lui pour que ceux qui sont appelés viennent et voient par eux-mêmes.

Homélie pour le Baptême du Seigneur

8 janvier 2012

Si Matthieu et Luc commencent leurs évangiles par des récits concernant l’enfance de Jésus, avec d’ailleurs des points de vue différents, Marc quant à lui « embraye » directement avec la mission de Jean et les débuts de la vie publique de Jésus. Tout se concentre même sur le récit du baptême de Jésus dans le Jourdain, que nous venons d’entendre. Marc se concentre sur l’essentiel, il n’y a pas chez lui, comme chez Matthieu, l’expression des réticences de Jean qui se sent indigne de baptiser Jésus. Ici, chez Marc tout se focalise sur les cieux ouverts, cette communication avec l’en haut qui descend avec l’Esprit sous la forme d’une colombe, et la voix du Père sur le Fils bien aimé. Rien ici qui annonce une mission, un appel particulier  comme c’est souvent le cas pour les prophètes qui sont envoyés et se récrient dans leur indignité ou leur incapacité. Pas même non plus le « Ecoutez-le » des récits de la Transfiguration dont la théophanie pourtant est très proche de celle du Baptême. Nous sommes là dans une sorte de gratuité originaire qui s’exprime en surabondance, comme poussée par un mouvement intérieur : expérience de l’amour qui a besoin de faire voir l’objet de son amour.

 

Peut-être sommes-nous séduits, attirés par cette ouverture de l’indicible qui se penche vers nous, mais il s’agit de Jésus, homme comme nous certes, mais aussi Fils unique de Dieu, Dieu lui-même, alors nous ne sommes sûrement pas concernés.

Il arrive, en écoutant le témoignage de certaines personnes, peut-être plus nombreuses que nous ne le pensons, ou en considérant notre propre expérience, que quelque chose ait été vécu avec intensité à un moment de la vie, qui n’est pas sans analogie avec le récit du baptême : expérience d’un bien être d’une paix, d’une joie profonde, qui donne de la force, comme un enveloppement par l’amour de quelqu’un.

Il est étonnant de voir que la tentation est alors de refermer au plus vite le ciel qui s’est ouvert, de penser que ce n’est pas pour soi. D’où vient se refus ?  Peur de l’illusion par rapport à une expérience si étrange ? Sentiment d’indignité, ce ne peut-être pour moi ? Peur d’être entraîné trop loin, d’avoir à répondre sans partage ? Peut-être y a-t-il eu là un virage raté ? Qui sait ?

 

Nous avons à réapprendre cette gratuité de l’amour, à la recevoir d’abord de celui qui nous a aimés le premier, à en jouir avant de nous demander ce que nous allons devoir payer. En contemplant Jésus dans son baptême, il peut devenir note maître, si nous acceptons de nous avancer avec lui dans les eaux du baptême qui sont d’abord celles de l’amour plus fort que la mort.

Homélie pour l’Epiphanie

7 janvier 2012

La tonalité des premiers chapitres de l’évangile de Matthieu est différente de celle des récits de l’enfance de Luc. Chez ce dernier, la tonalité est toute à la joie chez les justes, membres du peuple élu : Marie, Elisabeth, Jean Baptiste, Syméon et Anne et tous ceux et celles qui les entourent. Chez Matthieu, plus sobre, rien de tel, l’histoire est plus compliquée, voire dramatique avec l’extermination des enfants de la région de Betléhem. L’expression de la joie est discrète, elle ne s’exprime guère que chez les mages, tous joyeux de retrouver l’étoile qui les mène vers l’enfant.

 

Il y a là un passage entre le petit reste du peuple élu qui accueille le Messie dans la joie et la multitude à venir des païens qui accueilleront tous joyeux la Bonne Nouvelle transmise par les Apôtres, particulièrement Paul, l’Apôtre des Nations, comme nous l’entendions dans la lecture de l’épître aux Ephésiens. La joie est d’autant plus grande qu’elle est suscitée par un don inattendu, immérité, un don non seulement gratuit, mais sans partage : les païens ont droit à l’héritage, ils sont membres du même corps et ont part aux promesses. Nous comprenons bien cela en entendant durant notre repas, l’histoire de la mission de saint Boniface en Germanie au 7ème siècle, étape pour arriver chez nous, toujours plus au nord.

Rien ne prédisposait d’ailleurs ces « barbares » à recevoir l’Evangile, sinon le besoin d’être délivrés de ces cultes violents et aliénants à des dieux dont ils étaient les esclaves. On peut imaginer leur joie comme les Païens du temps de Paul de se voir attribuer les dons les meilleurs.

 

Mais au fait n’en va-il pas ainsi pour nous depuis le jour de notre baptême ? Nous souvenons-nous de cela avec joie, nous qui sommes les descendants de ces « barbares » et qui le sommes restés un peu. Les sages venus d’Orient n’étaient sans doute pas des « barbares » et avaient une culture raffinée. Quoiqu’il en soit, ils nous conduisent vers l’enfant dans la joie et nous apprennent à donner spontanément ce que nous avons de plus précieux, jusqu’à notre propre vie.  

1er Janvier 2012 Sainte Marie Mère de Dieu

1 janvier 2012

Le huitième jour l’enfant est circoncis et reçoit son nom, selon le rituel de la loi juive. Avant de nous libérer de la loi, il est né sous la loi, comme le souligne l’épître aux Galates dans le passage que nous venons d’en entendre. Il y a quelque chose d’important dans cette prise d’humanité qui est d’abord une soumission à la loi juive. Jésus est pleinement inscrit dans la particularité de la tradition religieuse juive. Luc va cependant élargir l’inscription humaine de Jésus dans l’universel : contrairement à Matthieu, il fait remonter son ascendance, non pas seulement à Abraham, mais à Adam. Jésus fait partie de l’humanité primitive, ancienne. C’est sans doute dans l’Epître aux Hébreux que cette solidarité humaine de Jésus est le mieux exprimée (Hé 2, 9-17) : il ne rougit pas d’appeler ses frères ceux qu’il vient sauver, « ce n’est pas à des anges qu’il vient en aide, mais c’est à la descendance d’Abraham » et c’est en souffrant « lui-même l’épreuve qu’il peut porter secours à ceux qui sont éprouvés ».

 

Mais c’est aussi le génie de Luc de montrer que Jésus vient d’ailleurs, encore une fois à la différence de Matthieu, l’ange, messager céleste n’intervient pas en songe, comme pour Joseph, mais directement, comme c’est les cas pour Marie, Zacharie et les bergers. Quoiqu’il en soi, le nom de Jésus est donné d’en haut, ce nom célébré par la tradition chrétienne, car il signifie que Dieu sauve son peuple de ses péchés.

 

L’Ecriture nous dit ainsi quelque chose d’essentiel, le rapprochement de deux bords, celui de Dieu et celui de l’homme, si distants l’un de l’autre qu’ils ne semblent pas pouvoir se rejoindre. Pourtant ils se sont rejoints en une personne, Jésus. Le concile de Nicée, scellera cette réalité inconcevable qui concerne Marie, Mère de Dieu, que nous fêtons aujourd’hui ; Jésus n’est pas séparé en deux parties, il est un, et Marie n’est pas que la mère de l’une de ces parties, à savoir l’humaine. Sans doute n’a-t-on jamais fini de réaliser cette solidarité entre Dieu et l’homme qui les conjoint de manière inséparable et qui constitue l’être de Jésus.

 

Les bergers repartent dans la nuit, tous joyeux d’avoir pu constater la réalité de ce qui leur avait été annoncé. Leur vie n’a certainement pas beaucoup changé ensuite, ils sont retournés à leurs moutons ; leur témoignage inattendu a relancé Marie dans sa méditation : c’est bien cela le temps de Noël qui est aussi celui de notre vie dans la foi. La lumière est venue dans les ténèbres, si discrètement, qu’elle reste encore cachée, sans faire de bruit, sans rien faire bouger. Là se manifeste la pauvreté de Dieu quand il assume l’humanité. Mais la lumière ne s’éteint pas dans les cœurs où elle s’est allumée. Ils sont comme les veilleurs dans la nuit de ce monde.

Homélie pour la nuit de Noël

1 janvier 2012

Ces jours derniers, nous échangeons beaucoup de signes d’amitié par des cadeaux des vœux, des visites. Sans doute est-ce une bonne tradition qui renforce nos liens d’amitié  ou nos liens sociaux. Mais d’où cela vient-il ? Est-ce seulement une vieille tradition ? Mais si ce n’est que cela quelque chose manque, quelque chose, que beaucoup ont oublié et qui est pourtant très important. Ce quelque chose nous est à nouveau annoncé cette nuit : les bergers ont découvert un petit enfant qui vient de naître ; c’est toujours une joie de voir un enfant qui vient de naître, c’est la promesse d’un avenir d’une espérance, que la vie continue. Mais là encore, il y a quelque chose en plus, cet enfant est porteur de l’espérance de tout un peuple, il était attendu depuis des siècles. Il s’agit de la bonne nouvelle transmise par l’ange aux bergers : «Je viens vous annoncer une grande joie pour tout le peuple. Aujourd’hui il vous est né un sauveur dans la maison de David, il est le Christ, le Seigneur ». Les bergers croient à la parole de l’ange, dans leur foi ils reconnaissent dans l’enfant si pauvre, si ordinaire, dans la crèche, la manifestation de l’amour de Dieu pour notre monde. C’est cela qui leur donne tant de joie, car la joie vient toujours de l’amour, l’amour épanouit partout où il se manifeste.

 

Nous savons tout cela, mais nous devons écouter cette Parole de Dieu pour nous aujourd’hui, comme si c’était pour la première fois, avec émerveillement. Nous avons, nous aussi à retrouver la foi simple des bergers, pour que cette manifestation d’amour nous rende heureux et rayonnants. Alors toute cette amitié que nous échangeons entre nous au moment de Noël, toutes nos joies humaines, trouveront leur source en cet amour qui vient de Dieu et déborde.

 

Sans doute dans la nuit de ce monde la vraie lumière de Noël n’est qu’une petite étoile, elle est cachées par beaucoup de lumières artificielles, mais sans elle, ce serait la nuit noir. Cette vraie lumière a besoin de nous pour se transmettre ; le plus beau témoignage que nous pouvons en donner c’est bien cette joie qui vient de l’amour, elle est plus forte que nous soucis, nos épreuves, nos difficultés. Si nous ne vivons pas de cette joie qui vient d’ailleurs, il n’y aura plus d’étoile, et le ciel sera complètement noir.

 

 Cette nuit en écoutant la Parole nous retrouvons le sens réel de la fête qui se prépare depuis des semaines autour de nous. A nous d’en vivre non pas seulement par tradition mais comme une expérience de foi et d’amour. «Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; sur les habitants du pays de l’ombre une lumière a resplendi. Tu les a faits se réjouir d’une grande joie ».       

Homélie pour le 4ème dimanche de l’Avent

18 décembre 2011

En méditant hier avec Mette sur le message que nous a laissé Edith Stein, juive et chrétienne, nous étions amenés à penser que le rapport entre le judaïsme et le christianisme n’est pas à considérer comme une alternative, comme si on était d’abord juif et ensuite chrétien. Edith a incarné dans son existence de manière singulière, le fait d’être chrétienne tout en restant juive. Les Nazis qui l’ont exécutée, ne savait sans doute pas qu’ils signaient ainsi cette réalité en conduisant à la mort une chrétienne comme juive.

 

Nous touchons là à quelque chose d’essentiel : la permanence spécifique du peuple juif est mémoire de l’Incarnation. Dans une sorte de raccourci, on pourrait dire que l’extermination du peuple juif irait avec une perte du sens de l’humanité du Christ. C’est ce qu’un rabbin au XIVe siècle fait dire à Saint Bernard quand il a défendu les juifs de pogroms dans la vallée du Rhin avant la deuxième croisade. Je cite les mots qu’il met dans la bouche de Bernard : « Ne touchez pas aux juifs et ne leur parlez qu’avec bienveillance car ils sont la chair et les os du Messie et si vous les molestez vous risquez de blesser les Seigneur dans la prunelle de son œil… ». Il est important de rappeler que toute forme d’anti-sémitisme atteint notre foi chrétienne à sa racine.

 

Aujourd’hui l’évangile de l’Annonciation, nous montre l’autre versant de l’identité du Christ. Jésus de Nazareth, fils de David par Joseph, n’était pourtant pas son fils « biologique » comme on dit aujourd’hui. On sait bien que la paternité réelle chez les anciens était davantage une affaire sociale qu’une affaire biologique. Il reste qu’affirmer que Jésus n’était que le fils du charpentier, allait en même temps avec le fait de ne pas reconnaître son identité réelle de Fils unique de Dieu. Ce n’est pas pour rien que les doutes par rapport à lui sont le plus forts, là où il a grandi, à Nazareth, et plus tard dans son propre peuple. Ce n’est pas à nous de juger en tant que chrétien, ce manque d’ouverture comme un refus coupable comme on l’a fait tant de fois dans l’histoire, mais il nous faut cependant le constater.

 

L’annonce de l’Ange à Marie, nous rappelle une autre filiation, unique, « il sera appelé Fils du Très-Haut ». Dieu est son seul Père. La maternité et la virginité de Marie en témoignent, comme l’absence en creux du père physique. Il est sans doute difficile de parler aujourd’hui de la virginité comme d’une valeur. D’aucuns penseront même que l’Incarnation sans cette « exception » aurait été encore plus réelle. Mais l’alternative ou vierge ou mère est ici dépassée là où il y a  virginité et la maternité. Elle trouve une correspondance dans le « juive te chrétienne » nommé ci-dessus à propos d’Edith Stein.

La virginité reliée ainsi au mystère du Christ est le signe d’une humanité nouvelle ressuscitée qui ne meurt plus. Cette humanité échappe à l’enchaînement naturel des générations qui est transmission de la vie mais aussi soumission à la loi inéluctable de la mort. Dans le Royaume on ne se marie plus dira Jésus lui-même et on ne meurt plus et c’est bien cela notre seule espérance.

 

En niant l’appartenance Juive de Marie et de Jésus, on perd son humanité, mais en niant l’identité de Jésus comme Fils unique de Dieu, l’émergence d’une humanité nouvelle non plus charnelle mais spirituelle, qui ne va plus vers la mort, perd son seul point d’appui, et notre espérance est alors morte. Il convient de ne pas l’oublier pour que notre joie soit pleine en ces jours qui nous rapprochent de Noël.   

Homélie pour le 3ème dimanche de l’Avent

11 décembre 2011

« Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas ». Cette réponse du Baptiste renvoie, à une autre de ses paroles, par deux fois, plus loin dans l’Evangile : « Moi-même, je ne le connaissais pas ». Etonnant d’entendre ce propos dans la bouche du précurseur, qui tressaille dès le sein de sa mère en présence de celui qui est toute sa joie. Cette proximité des deux hommes, ne doit pas cacher une altérité radicale.

 

Il faut à Jean un signe venant d’en haut pour qu’il puisse reconnaître celui qu’il annonce dans le désert : Celui sur qui l’Esprit descend et demeure, celui qui baptise dans l’Esprit et non dans l’eau seulement. Celui-là demeure caché, inconnu, ne peut être reconnu que s’il est désigné par d’autres le Père, l’Esprit et Jean, il ne se montre pas lui-même.

 

Ainsi, Jean ne vit pas seulement un effacement, une désappropriation, un abaissement devant celui qu’il annonce, mais une ignorance : il ne le connaît pas au sens fort et biblique, il n’a pas l’expérience de ce qu’il annonce. Comme le dira si bien saint Augustin, il n’est que la voix, mais pas la Parole. Pourtant il ouvre une porte, il nomme l’Agneau, le Fils de Dieu. Sans cette désignation, Jésus ne serait pas reconnu. Il sera bien en effet l’Agneau, le Fils de Dieu, le Messie/Christ, mais autrement, sans plus passer par la logique de purification rituelle ou par les œuvres de justice, sans répondre aux attentes humaines. Les évangélistes n’ont pas caché la différence entre Jean et Jésus, différence qui a pu générer le doute de Jean dans sa prison : « Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? ».

 

Mais il y a plus, dans son retrait même, celui qui se dit l’ami de l’époux, dont il entend seulement la voix, celui qui n’a pas l’épouse, connaît une joie parfaite.

L’altérité dans nos relations fait toujours mal, elle coûte le don de soi à l’autre, mais c’est le seul chemin vers la joie ; cette joie là n’est pas facile, elle n’est pas divertissante.

A travers cette expérience déjà humaine, se prépare une autre expérience, celle de la foi : cette relation à celui que nous ne connaissons pas, mais qui ne peut être reconnu sans nous. Celui sur qui repose l’Esprit et le répand sans mesure. Mais l’Esprit souffle où il veut, sans que l’on sache ni d’où il vient, ni où il va : toujours plus loin, toujours à côté. Là où nous voulions le saisir, notre main se referme sur du vide ; mais c’est dans cette non saisie que l’on trouve la joie parfaite. A l’école de Jean qui n’est rien qu’une voix, nous avons tant à apprendre.

Homélie pour le 8 décembre

9 décembre 2011

Les textes de la liturgie de ce jour centrent notre attention sur une humanité nouvelle, de laquelle nous sommes membres par notre rattachement au Christ, le nouvel Adam. Relevons les étapes où cette humanité nouvelle est pointée :

 

         Dès le moment de la création avec la chute, nous trouvons une impasse          avec l’attente en creux d’une nouvelle donne.

 

         L’annonce faite par l’ange Gabriel à Marie sous entend une nouvelle     conception dans l’Esprit-Saint.

 

         Dès avant la création du monde, selon la grande vision de l’Epître aux Ephésiens, Dieu a choisi par avance les membres de cette humanité      nouvelle.

 

         De manière cohérente, celle qui est un agent actif de ce nouvel       engendrement, participe à cette nouvelle humanité par une conception où   elle a été libérée des vieux ferments de la corruption.

 

Ces quelques notes pourraient former un credo pour cette nouvelle humanité. A y regarder de plus près, il me semble que le mot de cohérence est adapté pour qualifier ce credo.

Nous avons besoin de contempler de méditer, de laisser peser sur nous cette cohérence, tant il est vrai que cette nouvelle humanité semble un beau rêve face à la réalité actuelle d’un monde ou d’une création qui vont vers la mort.

Il est vrai aussi qu’il y a une haute marche à monter pour passer du charnel au spirituel, comme dirait St Bernard. Même si en nous et autour de nous, il y a, pour reprendre une autre image de saint Bernard, de la bête de somme, nous pouvons déjà expérimenter quelque chose de ce spirituel, de cette humanité qui émerge en nous. Quelque chose qu’il nous faut apprendre à recueillir précieusement, à identifier, en cherchant les conditions favorables pour son développement.

 

En cette fête de l’Immaculée-Conception, laissons-nous donc pousser, soulever, bouster, par cette puissante cohérence que rien ne semble pouvoir ébranler.

Homélie pour le deuxième dimanche de l’Avent

4 décembre 2011

Préparer le chemin du Seigneur, tracer  une voie dans le désert, là où il n’y a rien, enlever les obstacles, combler les ravins, toutes ces images physiques sont très parlantes. Aujourd’hui pour aménager une voie pour relier un point à un autre, dans un pays escarpé, morcelé par les fjord, comme la Norvège, on voit quels moyens il faut prendre, quels énormes travaux cela représente : creuser de longs tunnels dans le rocher où profond sous les fjords, bâtir des ponts immenses pour relier aux îles, entretenir des routes ravagées par les pluies ou le gel.

Parabole parlante, car préparer le chemin du Seigneur est aussi difficile.

 

Le désert n’est pas, dans l’arrière-plan du prophète Isaïe, d’abord un lieu retiré, mais un lieu de passage qui s’étend entre des lieux habités. Malgré les concentrations humaines de beaucoup de zones de notre planète, il reste encore aujourd’hui, qu’en règle générale, la géographie fait qu’entre les lieux où habitent les hommes, il y a d’immenses espaces sauvages à dompter pour pouvoir les traverser, pour aller d’Assyrie en Egypte. Les risques demeurent pour celui qui les traverse, il peut se perdre, être attaqué, ne trouver aucun secours s’il lui arrive malheur.

 

Cette image de la traversée à risques est encore une parabole : combien de groupes, de communautés dont les membres, au départ avec enthousiasme, se sont effondrés seulement après quelques mois, souvent dans une déception à la mesure de l’attente et du désir qui les avaient générés. La difficulté à vivre les différences n’avait pas été mesurée au départ.    

Préparer le chemin du Seigneur, celui de la paix, de l’unité dans l’amour, de la vie ensemble, suppose un énorme et humble investissement. : long travail pour éliminer les obstacles, aplanir, combler, en soi d’abord, mais aussi autour de soi, lent baptême de purification ; travail parfois tellement difficile et long que l’on ne sait plus vraiment si l’on va aboutir, ni même où l’on va.

 

Mais Jean-Baptiste, qui a traversé le doute lui-même, est toujours là, dans le désert des passages, pour nous montrer celui qui doit venir, celui qui rend fécond notre labeur, car il baptise dans l’Esprit.


Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.

Joignez-vous à 33 followers